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I will survive

À PROPOS DU PROJET "I will survive"

Comment les hommes font-ils en sorte de vivre quand même ?

Ceci est la question centrale de mon travail. Ce quand même contient les interrogations intimes et universelles sur la vie et sur la mort. Quelles histoires, quelles croyances, quelles distractions les hommes ont-ils créées pour naviguer dans la tragi-comédie de l’existence ?

Absurdité et humour noir sont les filtres à travers lesquels je perçois une réalité bien souvent plus rocambolesque que la fiction.

Obsédée par la mort, mais pas macabre pour autant, j’erre dans les cimetières, me rends dans les coulisses des pompes funèbres et dessine à l’occasion des monuments funéraires.

 

Je m’inquiète du déni de la mort qui s’est installé dans nos sociétés modernes. La mort est escamotée tout autant que le mort. En à peine quelques décennies, les veillées funèbres ont disparu ; la gêne face au deuil s’est accrue ; le futur défunt s’occupe désormais lui-même de ses propres obsèques ; le nombre de cérémonies montre en main et de crémations a explosé ; et le recours aux jardins du souvenir s’est multiplié. 

Les pragmatiques diront que les morts ne viendront pas s’en plaindre, mais c’est nier la nécessité vitale du symbolique. Car, comme le dit l’universitaire Louis-Vincent Thomas, le rituel funéraire s’adresse avant tout à ceux qui restent.  Sa fonction fondamentale est thérapeutique, elle est nécessaire à la paix des vivants. 

 

Quant au lieu où repose le mort, le cimetière, il a un double rôle de préservation et d’abandon. Il permet de conserver le mort et, en même temps de s’en séparer. D’après le sociologue et anthropologue Jean-Didier Urbain, leur fonction est d’intégrer les signes du passé et de sauvegarder la mémoire au-delà de la personne.

 

Dans nos cimetières récents, et de manière générale, il n’est plus question d’art funéraire, ni d’éternité. Peu de messages d’outre-tombe, peu de sépultures singulières et encore moins de mausolées, statues, sculptures... Le paysage se compose de tombes de catalogue. Bien que très matérialiste, la société actuelle ne fait plus d’investissement dans le secteur du funéraire, déjà bien trop onéreux. L’argent va prioritairement à la vie. La mort doit être gérée efficacement, simplement, rentablement. On a renoncé à l’immortalité de la trace matérielle. 

 

Non seulement nous ne produisons plus de patrimoine, mais le cimetière ancien (celui de l’Histoire) disparaît sous un nouveau, plus récent (celui du stockage)

 

Quel avenir pour le passé ?

Quel avenir pour nos morts ? 

 

 

Le projet I WILL SURVIVE s’inscrit dans ce questionnement. Si les tombes d’aujourd’hui n’ont pas d’avenir, alors je tente une opération de sauvetage ! Car mourir ne doit pas être synonyme de disparaître. Je rassemble ce qui survit aux défunts. Je m’attache à la vie qui persiste dans le trépas, dans l’espoir de provoquer une familiarité, une forme d’apprivoisement simple et sain de la mort. 

 

Mon travail se décline en deux volets : 

- la collection la dernière image : photographies frontales de portraits en porcelaine dans les cimetières ;

- la collection le dernier message : mélange de photographies tronquées de portraits en porcelaine dans les cimetières, de plaques funéraires et de gravures.

 

Ces séries se présentent sous la forme d’un dépliant de 7 cartes postales détachables. Une collection comptera cinq dépliants et les deux collections seront à terme rassemblées dans un coffret. Les dépliants pouvant être désassemblés et mélangés entre eux, je fais appel à l’esprit d’éditing et de collectionneur des vivants.

L’objet carte postale est volontairement décalé pour appuyer le ton léger et ludique de mon projet. 

Une phrase au dos de chaque carte commentera avec dérision son image.

 

Échanger ou envoyer ces cartes se veut une opération humoristique et engagée.

voir les cartes

COLLECTION "la dernière image"

COLLECTION "le dernier message"

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