> Je m'appelle Victoria Halimi
je suis architecte diplômée d'état.
Je fais de la photographie et de la vidéo.
Je vis et travaille à Paris.
Celle qui a été dévorée
> LIVRES
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« Tire la chevillette, la bobinette cherra. »
Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.
Le loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : « Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. »
Le petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :
« Ma mère-grand, que vous avez de grands bras !
— C'est pour mieux t'embrasser, ma fille.
— Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes !
— C'est pour mieux courir, mon enfant.
— Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !
— C'est pour mieux écouter, mon enfant.
— Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux !
— C'est pour mieux voir, mon enfant.
— Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !
— C'est pour mieux te manger. »
Et en disant ces mots, ce méchant loup se jeta sur le petit Chaperon rouge, et la mangea.
Celle qui a été dévorée se jura que jamais plus elle ne quittera le chemin pour courir dans les bois.
Texte : extrait du Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault
victoria h.
Oostende, gris-vert
Madeleine
Livre, 2019
couverture en carton ondulé (format fermé : 13,8x21cm),
livret agraphé (10 pages + 1 page libre, format fermé : 10,5x16,8cm)
Dans la pièce Antigone de Sophocle, l’accomplissement des rites funéraires est perçu comme un devoir rendu aux Dieux. « Hadès réclame que l’on accomplisse les rites. »* (Antigone de Sophocle, 441 av J.C)
Pour Madeleine, les soi-disant religieux auxquels je me suis confrontée réclamaient au nom de Dieu (ou plutôt se substituaient-ils à lui) qu’elle ne soit pas enterrée auprès de son mari.
« Ce sont les funérailles de nos deux frères : Créon ne juge-t-il pas
Un seul des deux digne d’une sépulture, ne la refuse-t-il pas à l’autre ?
Il traite, à ce qu’on dit, Étéocle comme il se doit, avec les égards
Qu’exigent la justice et la règle, il l’a enseveli, recouvert de terre,
Afin qu’il soit bien reçu des morts qui y reposent.
Quant à la malheureuse dépouille de Polynice,
L’on a fait savoir, à ce qu’on dit, qu’il était interdit à tout citoyen
De le cacher dans un tombeau et de se répandre en lamentations ;
On doit le laisser là, sans larmes ni sépulture, une aubaine
Pour les oiseaux qui guettent toute occasion de faire bombance.
Voilà ce que la noble Créon, à ce qu’on dit, a fait proclamer,
Cela te concerne autant que moi, je dis bien moi.
Il vient ici pour faire savoir à ceux qui l’ignorent,
Explicitement, il ne prend pas cette affaire
À la légère, que toute personne qui ne respectera pas cette interdiction
Sera lapidée à mort à l’intérieur de la Cité.
On en est là, et l’on va tout de suite voir si tu es
D’un sang noble, ou indigne de tes grands ancêtres. »
(Antigone de Sophocle, 441 av J.C)
Ce ne sont pas aux Dieux mais aux Hommes à qui les rites doivent être rendus.
Le rituel funéraire est une cérémonie dédiée au défunt, mais à destination des vivants. Loin de la routine et de la standardisation des usages, ce moment consiste à fédérer ceux qui restent dans un esprit qui leur est personnel.
Ni les représentants religieux, ni les règlements (comme nous l’avons vu en temps de Covid), ni la logique de rentabilité ne devraient s’interposer dans la célébration.
À mes yeux, le dernier voyage de Madeleine est à la fois une réussite : celle de faire respecter sa dernière volonté, et un échec : assister (sans le réaliser) à son enfouissement plutôt qu’à sa commémoration.