les cimetières

Cher trépassé, indigne-toi !

Il n’est jamais trop tard, paraît-il...

 

Tu te sens anonyme ? Il y a de quoi ! Une pierre tombale qui se respecte est en marbre, bien sûr. Et sur catalogue, évidemment. Ce qui fait que tu es le 33ème défunt avec le modèle «outre-tombe» : quelle originalité !

 

Dis donc, dans le monde des vivants, ils ont tellement peur de te voir rappliquer qu’ils se sentent obligés de te balancer des centaines de kilos sur l’estomac ! Qu’y a-t-il de si terrible à n’être recouvert que de terre et de plantes pour rendre la vie ?...

 

Tu te plains certainement du manque d’espace pour tes visiteurs... (Quoi ? Tes proches ne viennent pas te rendre visite ? La distance, la flemme, le manque de temps,... Ne t'en fais pas, tu auras droit à ta vengeance, certains d’entre-eux seront coincés avec toi pour l’éternité. Enfin, l’éternité... Disons pour le temps d’une concession, jusqu’à la date expiratoire du stockage). Eh bien... s’ils avaient un peu d’air, un petit banc et si tu leur avais laissé de bons souvenirs, évidemment, ils viendraient peut-être plus volontiers...

Marre d’être entassé avec des inconnus, avec rien d’autre à regarder que la photo de ton voisin ? Tu avais rêvé d’une vue sur la mer ou sur de vastes étendues de forêts ou de vignes ? Pas de bol ! On t'interdit d’être enterré dans des lieux non homologués. Et puis, où tu es, ta seule perspective est celle des murs construits pour te planquer.

 

Bon sang, tu n’es pas un pestiféré ! (bon, j’ dis pas, c’est peut-être le cas, mais c’est pas une raison !) Retourne-toi donc dans ta tombe !

Par respect pour les morts et pour ceux en sursis, les murs doivent être abattus. La nature doit reprendre son règne. Les sépultures doivent perdurer. Les vivants seront moins nombreux à faire des cimetières leur demeure éternelle. Qu’ils la fassent leur aujourd’hui.

En un mot, COHABITONS !

Résumé

  

Programme : projet urbain

Situation : Lyon, 7ème arrondissement

Année :  2011 - Licence 3, S1 - ENSAL (groupe)

 

 

Intentions 

Historiquement rejetés en dehors de villes, les cimetières se retrouvent parfois en plein cœur de la ville contemporaine. Enserrés par de hauts murs et malgré leurs dimensions, la présence de ces espaces dans la conscience collective demeure cependant minime. Considérés comme des lieux de conflit, les cimetières sont généralement exclus de l’urbanité. Je fais le pari qu’un site enclavé et asservi aux axes de circulation qui l’entourent puisse participer à la dynamique urbaine, par le biais de ses cimetières. La restructuration et l’articulation des deux cimetières environnants sont au cœur de ma stratégie.

Développement

Désenclaver et dépassionner

Le site de projet se trouve dans le 7e arrondissement de Lyon. Il est limité au nord par l’avenue Berthelot, importante artère routière lyonnaise. À l’ouest, une voie ferroviaire irrigue les gares de Jean Macé, La Part-Dieu et Perrache : au sud-ouest de vastes entrepôts de la SNCF isolent cette aire de travail. À l’est, occupant un territoire très important à l’échelle du quartier, deux des sept cimetières lyonnais achèvent d’encercler cet ancien faubourg. L’épaisseur et le poids de chacune de ces barrières excluent le quartier de la dynamique urbaine.

L’articulation de l’Ancien et du Nouveau Cimetière de la Guillotière et leur intégration à l’urbanité permettrait d’ouvrir le site, de le dynamiser et de lui conférer un rôle à l’échelle de la ville. L’enjeu du projet repose donc sur une restructuration des cimetières améliorant leur attractivité, leur accessibilité et leur visibilité, l’objectif étant de “positiver” ces lieux tout en conservant la marginalité et la sérénité qui les caractérisent.

 

La mort du cimetière sans âme

Les cimetières connaissent une désertion des morts comme des vivants. L’augmentation de la crémation, l’évolution des traditions et la déshumanisation des cimetières actuels (standardisation des sépultures, forte densité,...) sont des facteurs du délaissement de ces lieux en France.

Les cimetières urbains ont ceci d'intéressant qu'ils entrent en rupture avec la ville. Ce sont des lieux où l'activité s'arrête. Sortis de la torpeur de la vie citadine, les visiteurs ont la possibilité de vivre une expérience sensorielle nouvelle, en capacité de leur faire prendre conscience d'eux-mêmes. Ces lieux peuvent alors connaître une seconde vie, si j’ose dire, par le biais de restructurations paysagères, préservant le caractère hétérotopique des cimetières, tout y en déployant des usages nouveaux.

 

- Une gestion nouvelle et un aménagement paysagé des deux cimetières de la Guillotière sont indispensables pour leur conférer une place à part entière dans la ville. Loin de devenir des jardins publics, cette reconfiguration a pour but de renforcer la charge émotionnelle de ces espaces, perdue au fil du temps. En luttant contre la surexploitation de ces cimetières, peut-être parviendra-t-on à transmettre la paix intérieure recherchée dans ces lieux de recueillement...

 

- En tant que point d’articulation entre cimetières sud et nord, ce site constitue le lieu d’agrément du Parc-Cimetière du 7e arrondissement de Lyon. Parc hybride, il peut accueillir des usages variés : du joggging matinal aux espaces récréatifs, du jardin botanique à la scène théâtrale en plein air,... Sa prévisible attractivité accompagne la transformation des cimetières et garantit la dynamique urbaine de l’ensemble du site de projet.

 

Armature urbaine

Afin de poursuivre le mouvement d’ouverture sur la ville, le quartier fait l’objet d’un nouveau schéma directeur :

- un grand axe piéton (établi sur une route existante) relie l’Ancien Cimetière de la Guillotière au Nouveau, en passant par ce site

 

- deux axes secondaires articulent le grand axe au reste du quartier

 

- une place fédère les riverains comme les passants entre le grand axe et la promenade

 

- une promenade piétonne et cyclable longe la voie ferrée et débouche sur le grand axe

 

- le grand axe et la promenade se poursuivent jusqu’au futur Parc Blandan formant ainsi l’un des plus grands parcs de la ville

 

 

Ce système s’oppose à la hiérarchie initiale de l’avenue Berthelot. J'ai élaboré un réseau interne, palliant le manque cruel de services et d’espaces publics du quartier dans son état actuel. Je profite de cette restructuration pour conférer au site une ambition nouvelle et jouer de sa singularité pour lui offrir un rôle unique dans la ville.

 

Quelques principes urbains

Du schéma directeur précédent découlent un certain nombre de principes urbains, renforçant les intentions évoquées.

- En terme de gabarit, le front sur l’avenue Berthelot est maintenu à l’épannelage des autres édifices de la rue, protégeant ainsi le reste du quartier des nuisances de cet axe. Les hauteurs des bâtiments diminuent progressivement en direction du sud, où la densité urbaine est moindre.

 

- La place et les axes secondaires sont, quant à eux, maintenus par des édifices de plus grande envergure, afin de signifier leur importance.

 

- Une rue piétonne longe le Parc-Cimetière, ménageant ainsi une relation apaisée avec les lieux de recueillement.

Bordée de commerces de différents types, cette voie génère une certaine attractivité, qui conduit riverains et visiteurs à s’attarder dans le parc hybride contigu.

Placé pour la même raison le long de ce grand axe, un centre culturel est situé au niveau du parc et fera l’objet du projet suivant.

 

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